Le mal du pays m'est venu par surprise

Publié le 19 Mai 2013

Je suis enfin allée voir l'exposition : Paris, パリ、巴里、一日本人が描く1900-1945 ( Through Japanese Eyes: Paris, 1900-1945) au Bridgestone Museum of Art.

Ayant fait mon mémoire de master sur les étudiants japonais en art en France et donc sur les liens artistiques entre le Japon et la France, cette expo était un passage obligé pour moi.

En écrivant le titre de l'expo en japonais j'ai appris que 巴里 sont les kanji pour dire Paris!

En écrivant le titre de l'expo en japonais j'ai appris que 巴里 sont les kanji pour dire Paris!

L'échange interculturel battait son plein dans le milieu artistique parisien de cette époque.

1900-1945 fut une période importante pour les artistes japonais, ils sont venus en Europe et surtout en France pour se confronter à l'art occidental et ouvrir leur horizon artistique. Dans ses mémoires, Léonard-Tsuguharu Foujita (1886-1968) écrit qu’à la veille de la Première guerre mondiale, une trentaine d’artistes japonais seulement habitaient à Paris, et que leur nombre avait quasiment décuplé dans les années 1920. « On peut dire que les années 1920 voient naître à Paris une sorte de ‘2ème Japonisme’ où l’art japonais est représenté par les Japonais eux-mêmes, tandis que le Japonisme de la seconde moitié du XIXème siècle en avait été plutôt une interprétation des Français.»

Cette découverte des tendances artistiques modernes occidentales furent un choc pour les artistes japonais de cette époque. Certains se passionnèrent pour ces nouvelles techniques et formes, d'autres cherchèrent à établir une identité japonaise dans cette mouvance moderne.

L'exposition présente 35 oeuvres d'artistes japonais ayant vécu à Paris, dont Asai Chû, Sakamoto Hanjiro, Fujita Tsuguharu, Saeki Yuzo, Oka Shikanosuke.

J'ai particulièrement aimé ceux-ci:

Fujita Tsuguharu (Léonard Foujita, 1886-1968), Scène de rue à Paris, 1918. Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation

Fujita Tsuguharu (Léonard Foujita, 1886-1968), Scène de rue à Paris, 1918. Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation

Fujita Tsuguharu (Léonard Foujita, 1886-1968), Nature morte avec un chat, 1939-40. Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation

Fujita Tsuguharu (Léonard Foujita, 1886-1968), Nature morte avec un chat, 1939-40. Bridgestone Museum of Art, Ishibashi Foundation

Tsuji Hisashi (1884-1974), Printemps, banlieue de Paris, 1921. Ishibashi Museum of Art, Ishibashi Foundation.

Tsuji Hisashi (1884-1974), Printemps, banlieue de Paris, 1921. Ishibashi Museum of Art, Ishibashi Foundation.

Koide Narashige (1887-1931), A l'Hôtel Sommerard, Paris, 1922. Mie Prefectural Art Museum.

Koide Narashige (1887-1931), A l'Hôtel Sommerard, Paris, 1922. Mie Prefectural Art Museum.

Mais la toile qui a déclenché mon mal du pays c'est celle-ci:

Fujishima Takeji (1867-1943), Paysage à Versailles, 1906-07. Ishibashi Museum of Art, Ishibashi Foundation.

Fujishima Takeji (1867-1943), Paysage à Versailles, 1906-07. Ishibashi Museum of Art, Ishibashi Foundation.

Pour ceux qui ne me connaissent pas, quand je suis en France j'habite à Versailles. D'ailleurs petite digression sur le sujet: c'est très pratique de venir de Versailles quand on est au Japon. En effet tout le monde connaît le château (ベルサイユ宮殿 berusaiyu kyûden). Soit ils se rappellent de leurs cours d'histoire, soit ils ont lu le célèbre manga La Rose de Versailles (ベルサイユのばら, Berusaiyu no bara), soit ils font partie de ces nombreux Japonais qui sont venus en France et ont visité le château, soit.... bref ils connaissent. Mais ils ne savent pas vraiment que Versailles est une ville avec des vrais habitants, alors après s'être esclaffés de surprise (えええ!!! すごい !!!), ils me demandent si j'habite dans le château et enchaînent direct sur "mais alors tu es une princesse et re-すごい! Je vous avoue, parfois, je ne démens pas.... C'est plus agréable comme réaction que celles des Français qui sont plutôt du genre: "Ah personne n'est parfait" ou pire "Alors tu vas à la messe en latin?".

Ce tableau montre ce ciel que j'adore voir quand je suis sur les terrasses devant le château. Ce ciel bleu parsemé de nuages filant à toute vitesse jouant avec le soleil.

Et cette balustrade qui donne sur l'Orangerie, quand je travaillais lors des Grandes Eaux Musicales, j'y faisais les 100 pas pendant des heures, surveillant les Japonaises (mais pas que) s'exclamant devant la beauté du lieu par des すごい!! et se prenant en photos.

Ce tableau fut l'élément déclencheur, puis je suis passée dans les salles de la collection permanente du musée. Et là je me suis retrouvée devant des Claudes Monet. Et j'ai soudain eu envie de voir la mer en voyant cette peinture. Celle-ci, c'est la bretonne, moi je suis plutôt amoureuse de la mer de Normandie, celle des falaises d'Etretat, mais bon l'esprit y est.

Puis j'ai vu ce tableau et j'ai eu envie de voir l'Europe et ses villes remplies d'Histoire.

Enfin, j'ai vu un Nymphéa et eu envie de ressentir le printemps français: me promener à Paris en tee-shirt, me poser dans un parc ou en terrasse d'un café, aller me balader en forêt, sentir les roses et le jasmin dans les bosquets de l'Encelade et des Trois Fontaines...

Mais ne vous méprenez pas, le printemps à Tokyo n'est pas moche, au contraire j'en profite à fond et hier encore j'ai pris un millier de photos dans un jardin japonais.

Cependant j'ai ce sentiment bien connu de certains voyageurs : le pays natal paraît plus beau quand on en est loin.

Rédigé par Flo-maki

Publié dans #Ma vie de maki

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M
T'inquiète tu loupes rien, il fait 10 degrés à Paris.
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